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Richard Hakluyt - Navigations, Voyages, Traffiques and Discoveries of the English Nation, 10
est mou, et a moins d'y etre accoutume, on a bien de la peine a le macher. Pour leur viande, ils la mangent crue, sechee au soleil. Cependant quand une de leurs betes, cheval ou chameau, est en danger de mort ou sans espoir, ils l'egorgent et la mangent non crue, un peu cuite. Ils sont tres-propres dans l'appret de leurs viandes; mais ils mangent tres-salement. Ils tiennent de meme fort, proprement leur barbe; mais jamais ils ne se lavent les mains que quand ils se baignent, qu'ils veulent faire leur priere, ou qu'ils se lavent la barbe ou le derriere.
Adene est une assez bonne ville marchande, bien fermee de murailles, situee en bon pays et assez voisine de la mer. Sur ses murs passe une grosse riviere qui vient des hautes montagnes d'Armenie et qu'on nomme Adena. Elle a un pont fort long et le plus large que j'aie jamais vu. Ses habitans et son amiral (son seigneur, son prince) sont Turcomans: cet amiral est le frere de ce brave Ramedang que le soudan fit mourir ainsi que je l'a raconte. On m'a dit meme que le soudan a entre les mains son fils, et qu'il n'ose le laisser retourner en Turcomanie.
D'Adene j'allai a Therso que nous appellons Tharse. Le pays, fort beau encore, quoique voisin des montagnes, est habite par des Turcomans, dont les uns logent dans des villages et les autres sous des pavillons. Le canton ou est batie Tharse abonde en ble, vins, bois et eaux. Elle fut une ville fameuse, et l'on y voit encore de tres-anciens edifices. Je crois que c'est celle qu'assiegea Baudoin, frere de Godefroi de Bouillon. Aujourd'hui elle a un amiral nomme par le soudan, et il y demeure plusieurs Maures. Elle est defendue par un chateau, par des fosses a glacis et par une double enceinte de murailles, qui en certains endroits est triple. Une petite riviere la traverse, et a peu de distance il en coule une autre.
J'y trouvai un marchand de Cypre, nomme Antoine, qui depuis long-temps demeuroit dans le pays et en savoit bien la languei. Il m'en parla pertinemment; mais il me fit un autre plaisir, celui de me donner de bon vin, car depuis plusieurs jours je n'en avois point bu.
Tharse n'est qu'a soixante milles du Korkene (Curco), chateau construit sur la mer, et qui appartient au roi de Cypre.
Dans tout ce pays on parle Turc, et on commence meme a le parler des Antioche, qui est, comme je l'ai dit, la capitale de Turcomanie. "C'est un tres-beau langaige, et brief, et bien aisie pour aprendre."
Comme nous avions a traverser les hautes montagnes d'Armenie, Hoyarbarach, le chef de notre caravane, voulut qu'elle fut toute reunie; et dans ce dessein il attendit quelques jours. Enfin nous partimes la veille de la Toussaint. Le mamelouck m'avoit conseille de m'approvisioner pour quatre journees. En consequence j'achetai pour moi une provision de pain et de fromage, et pour mon cheval une autre d'orge et de paille.
Au sortir de Tharse je fis encore trois lieues Francaises a travers un beau pays de plaines, peuple de Turcomans; mais enfin j'entrai dans les montagnes, montagnes les plus hautes que j'aie encore vues. Elles enveloppent par trois cotes tout le pays que j'avois parcouru depuis Antioche. L'autre partie est fermee au midi par la mer.
D'abord on a des bois a traverser. Ce chemin dure tout un jour, et il n'est pas malaise. Nous logeames le soir dans un passage etroit ou il me parut que jadis il y avoit eu un chateau. La seconde journee n'eut point de mauvaise route encore, et nous vinmes passer la nuit dans un caravanserai. La troisieme, nous cotoyames constamment une petite riviere, et vimes dans les montagnes une multitude immense de perdrix griaches. Notre halte du soir fut dans une plaine d'environ une lieue de longueur sur un quart de large.
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