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Richard Hakluyt - Navigations, Voyages, Traffiques and Discoveries of the English Nation, 10
repas, soit qu'il fut bon, soit qu'il fut mauvais, jamais ils ne manquoient de remercier Dieu tout haut.
Balbec est une bonne ville, bien fermee de murs, et assez marchande. Au centre etoit un chateau, fait de tres-grosses pierres. Maintenant il renferme une mosquee dans laquelle est, dit-on, une tete humaine qui a des yeux si enormes, qu'un homme passeroit aisement la sienne a travers leur ouverture. Je ne puis assurer le fait, attendu que pour entrer dans la mosquee il faut etre Sarrasin.
De Balbec nous allames a Hamos, et campames sur une riviere. Ce fut la que je vis comment ils campent et tendent leurs pavillons. Les tentes ne sont ni tres-hautes ni tres-grandes; de sorte qu'il ne faut qu'un homme pour les dresser, et que six a huit personnes peuvent s'y tenir a l'aise pendant les chaleurs du jour. Dans le cours de la journee ils en otent le bas, afin de donner passage a l'air. La nuit, ils le remettent pour avoir plus chaud. Un seul chameau en porte sept ou huit avec leurs mats. Il y en a de tres-belles.
Mon compagnon, le mamelouck, et moi, qui n'en avions point, nous allames nous etablir dans un jardin. Il y vint aussi deux Turquemans (Turcomans) de Satalie, qui revenoient de la Mecque, et qui souperent avec nous. Mais quand ces deux hommes me virent bien vetu, ayant bon cheval, belle epee, bon tarquais, ils proposerent au mamelouck, ainsi que lui-meme me l'avoua par la suite lorsque nous nous separames, de se defaire de moi, vu que j'etois chretien et indigne d'etre dans leur compagnie. II repondit que, puisque j'avois mange avec eux le pain et le sel, ce seroit un crime; que leur loi le leur defendoit, et qu'apres tout Dieu faisoit les chretiens comme les Sarrasins.
Neanmoins ils persisterent dans leur projet; et comme je temoignois le desir de voir Halep, la ville la plus considerable de Syrie apres Damas, ils me presserent de me joindre a eux. Moi qui ne savois rien de leur dessein, j'acceptai; et je suis convaincu, aujourd'hui qu'ils ne vouloient que me couper la gorge. Mais le mamelouck leur defendit de venir davantage avec nous, et par-la il me sauva la vie.
Nous etions partis de Balbec deux heures avant le jour, et notre caravane etoit compsee de quatre a cinq cents personnes, et de six ou sept cents chameaux et mulets, parce qu'elle portoit beaucoup d'epices. Voici leur maniere de se mettre en marche.
Il y a dans la troupe une tres-grande nacquaire (tres grosse timbale). Au moment ou le chef veut qu'on parte, il fait frapper trois coups. Aussitot tout le monde s'apprete, et a mesure que chacun est pret, il se met a la file sans dire un seul mot: Et feront plus de bruit dix d'entre nous que mil de ceux-la. On marche ainsi en silence, a moins que ce ne soit la nuit, et que quelqu'un ne veuille chanter une chanson de gestes.[Footnote: On appeloit en France chansons de gestes celles qui celebroient les gestes et belles actions des anciens heros.] Au point du jour, deux ou trois d'entre eux, fort eloignes les uns des autres, crient et se repondent, comme on le fait sur les mosquees aux heures d'usage. Enfin, peu apres, et avant le lever du soleil, les gens devots font leurs prieres et ablutions ordinaires.
Pour ces ablutions, s'ils sont aupres d'un ruisseau, ils descendent de cheval, se mettent les pieds nus, et se lavant les mains, les pieds, le visage et tous les conduits du corps. S'ils n'ont pas de ruisseau, ils passent la main sur ces parties. Le dernier d'entre eux se lave la bouche et l'ouverture opposee, apres quoi il se tourne vers le midi. Tous alors levent deux doigts en l'air; ils se prosternent et baisent la terre trois fois, puis ils se relevent et font leurs prieres. Ces ablutions leur ont ete ordonnees en lieu de confession. Les gens de distinction, pour n'y point manquer, portent toujours en voyage des bouteilles de cuir pleines d'eau: on les attache sous le ventre des chameaux et des chevaux, et ordinairement elles sont tres-belles.
Ces peuples s'accroupissent, pour uriner, comme les femmes; apres quoi ils se frottent le canal contre une pierre, contre un mur ou quelque autre chose. Quant a l'autre besoin, jamais apres l'avoir satisfait ils ne
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