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Richard Hakluyt - Navigations, Voyages, Traffiques and Discoveries of the English Nation, 10
Apres la vallee d'Hebron nous en traversames une autre fort grande, pres de laquelle on montre la montagne ou saint Jean Baptiste fit sa penitence. De la nous vinmes en pays desert loger dans une de ces maisons que la charite a fait batir pour les voyageurs, et qu'on appelle kan, et du kan nous nous rendimes a Gaza.
Gaza, situee dans un beau pays, pres de la mer et a l'entree du desert, est une forte ville, quoique sans fermeture aucune. On pretend quelle appartint jadis au fort Sanson. On y montre encore son palais, ainsi que les colonnes de celui qu'il abbattit; mais je n'oserois garantir que ce sont les memes.
Souvent les pelerins y sont traites durement, et nous en aurions fait l'epreuve sans le seigneur (le gouverneur), homme d'environ soixante ans et ne Chercais (Circassien), qui recut nos plaintes et nous rendit justice. Trois fois nous fumes obliges de paroitre devant lui: l'une a raison de nos epees que nous portions; les deux autres pour des querelles que nous cherchoient les Moucres Sarrasins du pays.
Plusieurs de nous vouloient acheter des anes, parce que le chameau a un branle tres-dur qui fatigue extremement quand on n'y est pas accoutume. Un ane a Gaza se vendoit deux ducats; et les Moucres vouloient, non seulement nous empecher d'en acheter, mais nous forcer d'en louer des leurs, et de les louer cinq ducats chacun jusqu'a Sainte Catherine. Le proces fut porte devant le seigneur. Pour moi, qui jusque-la n'avois point cesse de monter un chameau, et qui me proposois de ne point changer, je leur demandai de m'apprendre comment je pourrois monter un chameau et un ane tout a la fois. Le seigneur prononca en notre faveur, et il decida que nous ne serions obliges de louer des anes aux Moucres qu'autant que cela nous conviendroit.
Nous achetames les nouvelles provisions qui nous etoient necessaires pour continuer notre voyage; mais, la veille de notre depart, quatre d'entre nous tomberent malades, et ils retournerent a Jerusalem. Moi, je partis avec les cinq autres, et nous vinmes a un village situe a l'entre du desert, et le seul qu'on trouve depuis, Gaza jusqu'a Sainte Catherine. La messire Sanson de Lalaing nous quitta et s'en retourna aussi; de sort que je restai dans la compagnie de messire Andre (de Toulongeon), Pierre de Vaudrei, Godefroi (de Toisi) et Jean de la Roe.
Nous voyageames ainsi deux journees dans le desert, sans y rien voir absolument qui merite d'etre raconte. Seulement un matin, avant le lever du soleil, j'apercus courir un animal a quatre pattes, long de trois pieds environ, et qui n'avoit guere en hauteur plus qu'une palme. A sa vue nos Arabes s'enfuirent, et la bete alla se cacher dans une broussaille qui se trouvoit la. Messire Andre et Pierre de Vaudrey mirent pied a terre, et coururent a elle l'epee en main. Elle se mit a crier comme un chat qui voit approcher un chien. Pierre de Vaudrey la frappa sur le dos de la pointe de son epee; mais il ne lui fit aucun mal, parce qu'elle est couverte de grosses ecailles, comme un esturgeon. Elle s'elanca sur messire Andre, qui d'un coup de la sienne lui coupa la cou en partie, la tourna sur le dos, les pieds en l'air, et la tua. Elle avoit la tete d'un fort lievre, les pieds comme les mains d'un petit enfant, et une assez longue queue, semblable a celle des gros verdereaux (lezards verts). Nos Arabes et notre trucheman nous dirent qu'elle etoit fort dangereuse. [Footnote: D'apres la description vague que donne ici la Brocquiere, il paroit que l'animal dont il parle est le grand lezard appele monitor, parce qu'on pretend qu'il avertit da l'approche du crocodile. Quant a la terreur qu'en avoient les Arabes, elle n'etoit point fondee.]
A la fin de la seconde journee je fus saisi d'une fievre ardente, si forte qu'il me fut impossible d'aller plus loin. Mes quatre compagnons, bien desoles de mon accident, me firent monter un ane, et me recommanderent a un de nos Arabes, qu'ils chargerent de me reconduire a Gaza, s'il etoit possible.
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