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Richard Hakluyt - Navigations, Voyages, Traffiques and Discoveries of the English Nation, 10

historiale, dans laquelle il a fait entrer et il a fondu, comme je viens de le dire, la relation de notre
voyageur. Pour rendre celle-ciplus interessante et plus complete, il y a joint, par une idee assez heureuse,

certains details particuliers que lui fournit son confrere Simon de Saint-Quentin, l'un des associes

d'Ascelin dans la seconde ambassade. Ayant eu occasion de voir Simon a son retour de Tartarie, il apprit

de lui beaucoup de choses qu'il a inserees en plusieurs endroits de son Miroir et specialement dans le 32'e

et dernier livre. La, avec ce qu'avoit ecrit et publie de Carpin, et ce que Simon lui raconta de vive voix, il

a fait une relation mixte, qu'il a divisee en cinquante chapitres; et c'est celle que connoissent nos

modernes. Bergeron en a donne une traduction dans son recueil des voyages faits pendant le douzieme

siecle et les trois suivans. Cependant il a cru devoir separer ce qui concernoit de Carpin d'avec ce qui

appartient a Simon, afin d'avoir des memoires sur la seconde ambassade comme on en avoit sur la

premiere. Il a donc detache du recit de Vincent six chapitres attribues par lui a Simon; et il en a fait un

article a part, qu'il a mis sous le nom d'Ascelin, chef de la seconde legation. C'est tout ce que nous savons

de celle ci.

Quant au succes qu'eurent les deux ambassades, je me crois dispense d'en parler. On devine sans peine ce
qu'il dut etre; et il en fut de meme de deux autres que saint Louis, quoique par un autre motif, envoya peu

apres dans la meme contree.

Ce monarque se rendoit en 1248 a sa desastreuse expedition d'Egypte, et il venoit de relacher en Cypre
avec sa flotte lorsqu'il recut dans cette ile, le 12 Decembre, une deputation des Tartares, dont les deux

chefs portoient les noms de David et de Marc. Ces aventuriers se disoient delegues vers lui par leur

prince, nouvellement converti a la foi chretienne, et qu'ils appeloient Ercalthay. Ils assuroient encore que

le grand Kan de Tartarie avoit egalement recu le bapteme, ainsi que les principaux officiers de sa cour et

de son armee, et qu'il desiroit faire alliance avec le roi.

Quelque grossiere que fut cette imposture, Louis ne put pas s'en defendre. Il resolut d'envoyer, au prince
et au Kan convertis une ambassade pour les feliciter de leur bonheur et les engager a favoriser et a

propager dans leurs etats la religion chretienne. L'ambassadeur qu'il nomma fut un Frere-precheur

nomme Andre Longjumeau ou Longjumel, et il lui associa deux autres Dominicains, deux clercs, et deux

officiers de sa maison.

David et Marc, pour lui en imposer davantage, affecterent de se montrer fervens chretiens. Ils assisterent
avec lui fort devotieusment aux offices de Noel; mais ils lui firent entendre que ce seroit une chose fort

agreable au Kan d'avoir une tente en ecarlate. C'etoit-la que vouloient en venir les deux fripons. Et en

effet le roi en commanda une magnifique, sur laquelle il fit broder l'Annonciation, la Passion, et les

autres mysteres du christianisme. A ce present il en ajouta, un autre, celui de tout ce qui etoit necessaire,

soit en ornemens soit en vases et argenterie pour une chapelle. Enfin il donna des reliques et du bois de la

vraie croix: c'est-a-dire ce que, dans son opinion, il estimoit plus que tout au monde. Mais une

observation que je ne dois point omettre ici, parce qu'elle indique l'esprit de cette cour Romaine qui se

croyoit faite pour commander a tous les souverains: c'est que le legat que le pape avoit place dans l'armee

du roi pour l'y representer et ordonner en son nom, ecrivit, par la voie des ambassadeurs, aux deux

souverains Tartares, et que dans sa lettre il leur annoncoit qu'il les adoptoit et les reconnoissoit enfans de

l'eglise. Il en fut pour ses pretentions et les avances de sa lettre, ainsi que le roi, pour sa tente, pour sa

chappelle et ses reliques. Longjumeau, arrive en Tartarie, eut beau chercher le prince Ercalthay et ce

grand Kan baptise avec sa cour; il revint comme il etoit parti. Cependant il devoit avoir, sur cette contree,

quelques renseignemens. Deja il y avoit voyage, disoit-on; et meme quand David parut devant lui en

Cypre, il pretendit le reconnoitre, comme l'ayant vu chez les Tartares.

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