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Richard Hakluyt - Navigations, Voyages, Traffiques and Discoveries of the English Nation, 10
qu'imaginoient journellement les Orientaux pour accrediter certains lieux qu'ils tentoient. d'eriger en pelerinages, et pour soutirer ainsi a leur profit l'argent des pelerins. Ceux-ci adoptoient aveuglement tous les contes qu'on leur debitoit; et ils accomplissoient scrupuleusement toutes les stations qui leur etoient indiquees. A leur retour en Europe, c'etoitla tout ce qu'ils avoient a raconter; mais cetoitla aussi tout ce qu'on leur demandoit.
Cependant notre saint (car a sa mort il a ete declare tel, ainsi que son redacteur Adaman) a, dans son second livre, quelques phrases historiques sur Tyr et sur Damas. Il y parle egalement et avec plus de details encore d'Alexandrie; et je trouve meme sous ce dernier article deux faits qui m'ont paru dignes d'attention.
L'un concerne les crocodiles, qu'il represente comme si multiplies dans la partie inferieure du Nil, que des l'instant ou un boeuf, un cheval, un ane, s'avancoient sur les bords du fleuve, ils etoient saisis par eux, entraines sous les eaux, et devores; tandis qu'aujourd'hui, si l'on en croit le rapport unanime de nos voyageurs modernes, il n'existe plus de crocodiles que dans la haute Egypte; que c'est un prodige d'en voir descendre un jusqu'au Caire, et que du Caire a la mer on n'en voit pas un seul.
L'autre a rapport a cet ile nommee Pharos, dans laquelle le Ptolemee-Philadelphe fit construire une tour dont les feux servoient de signal aux navigateurs, et qui porta egalement le nom de Phare. On sait que, posterieurement a Ptolemee, l'ile fut jointe au continent par un mole qui, a chacune de ses deux, extremites, avoit un pont; que Cleopatre acheva l'isthme, en detruisant les ponts et en faisant la digue pleine; enfin qu'aujourd'hui l'ile entiere tient a la terre ferme. Cependant notre prelat en parle comme si, de son temps, elle eut ete ile encore: "in dextera parte portus parva insula habetur, in qua maxima turris est quam, in commune, Graeci ac Latini, ex ipsius rei usu, Pharum vocitaverunt." Il se trompe sans doute. Mais, probablement, a lepoque ou il la vit, elle n'avoit que sa digue, encore: les atterrissemens immenses qui en ont fait une terre, en la joignant au continent, sont posterieurs a lui; et il n'aura pas cru qu'un mole fait de main d'homme empechat une ile d'etre ce que l'avoit faite la nature.
Au neuvieme siecle, nous eumes une autre sorte de Voyage par Hetton, moine et abbe de Richenou, puis eveque Bale. Cet homme, habile dans les affaires, et employe comme tel par Charlemagne, avoit ete en 811 envoye par lui en ambassade a Constantinople. De retour en France, il y publia, sur sa mission, une relation, que jusqu'ici l'on n'a pas retrouvee, et que nous devons d'autant plus regretter qu'infailliblement elle nous fourniroit des details curieux sur un Empire dont les rapports avec notre France etoient alors si multiplies et si actifs. Peut etre au reste ne doit on pas la regarder comme tout-a-fait perdue; et il seroit possible qu'apres etre restee pendant plusieurs siecles ensevelie dans un manuscrit ignore, le hasard l'amenat un jour sous les yeux de quelqu'un de nos savans, qui la donneroit au public.
C'est ce qui est arrive pour celle d'un autre moine Francais nomme Bernard; laquelle, publiee en 870, a ete retrouvee par Mabillon et mise par lui au [Footnote: Ubi supra. p. 523.] jour. Ce n'est, comme celle d'Arculfe, qu'un voyage de Terre Sainte a la verite beaucoup plus court que le sien, ecrit avec moins de pretention, mais qui, a l'exception de quelques details personnels a l'auteur, ne contient de meme qu'une seche enumeration des saints lieux: ce qui l'a fait de meme intituler: De locis sanctis.
Cependant la route des deux pelerins fut differente. Arculfe etoit alle directment en Palestine, et de la il s'etoit embarque une seconde fois pour voir Alexandrie. Bernard, au contraire, va d'abord debarquer a Alexandrie. Il remonte le Nil jusqu'a Babylone, redescend a Damiette, et, traversant le desert sur des chameaux, il se rend par Gaza en Terre Sainte.
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